J’entends toute sorte de commentaires au sujet des artistes qui reçoivent des bourses. Certains positifs, certains négatifs. Et ce, pas seulement de la part du grand public.
Par exemple, une artiste m’a déjà affirmé que je n’avais pas besoin de bourse parce que mes œuvres se vendaient et que j’arrivais à vivre de mon art. Selon elle, il faudrait que je laisse ça aux artistes qui « n’arrivent pas » (sic). Un autre pair m’a récemment dit que je n’aurais jamais de bourse nationale ou de succès international parce que je faisais du « commercial » (re sic!).
Ils sont drôles, eux autres! Avec des pairs comme ça, on n’a pas besoin d’ennemis! Heureusement, j’entends également des commentaires positifs. Et j’ai la tête dure!
Ça me fait tout de même réfléchir à la perception des gens sur le sujet. C’est pourquoi, maintenant, à mes amis, mon public et même à mes détracteurs, j’explique mon analogie entre les bourses et les voitures…
Comment? Je me lance!
On s’entend pour dire que la majorité des fabricants automobiles fabriquent des voitures qui vont sur la route et qui s’adressent à monsieur et madame tout le monde. (Vous me suivez?)
On s’entend aussi que certains fabricants d’automobiles, quand ils le peuvent, développent des voitures concepts. Celles-ci coûtent probablement très cher et ne sont sûrement pas rentables. (Vous me suivez encore?)
Mais ce n’est pas grave! Ces voitures leur permettent de pousser l’esthétisme et la technologie plus loin. Elles permettent de se mesurer à leurs concurrents et à faire avancer leur domaine. Et quelques fois, certains des éléments développés pour les voitures concept se retrouvent dans les véhicules de série et le grand public peut en bénéficier. (Vous me suivez toujours?)
Eh ben! Pour moi, les bourses, ce n’est pas plus compliqué que ça! Oui, je fais des tableaux qui s’adressent à monsieur et madame tout le monde. Ils se retrouvent dans des salons, des bureaux et même dans quelques espaces publics! Oui, ça me permet d’en vivre. (J’en suis d’ailleurs reconnaissante.)
Mais ce n’est pas une raison pour m’arrêter là! Je veux avoir la possibilité de faire des projets artistiques qui me sortent de ma zone de confort. Des projets où je m’éclate artistiquement, sans égard à la valeur commerciale ou à la rentabilité de l’exercice. « Juste » pour aller plus loin dans la recherche, dans les sujets, les formats, les défis esthétiques et techniques.
Et comme pour les voitures concepts, qui influencent les voitures de série; certains des éléments que j’aurai développés dans mes projets de bourses influenceront aussi ma production courante.
C’est simple, non? Je ne peux pas faire exclusivement des œuvres concept. Ce n’est pas rentable. Je fais une production courante pour vivre. C’est un moyen qui me valorise et qui répond à une demande. J’estime que c’est une manière noble qui ne devrait pas être méprisée par certains de mes pairs. Et pour le reste… Le secteur automobile est souvent soutenu par l’État, non? Alors pourquoi pas les artistes?
En tout cas, moi, je suis reconnaissante! Merci aux jurys qui ont évalué mes dossiers et qui ont compris que j’avais besoin de soutien pour me dépasser. Merci à celles et ceux qui aiment mes œuvres courantes. Merci aux quelques-uns qui peuvent se permettre d’en acheter. Merci à mon public, mes amis et ma famille de continuer à me soutenir même dans mes projets un peu plus fous! Vous allez voir, avec la bourse que j’ai eue cette année, je vous prépare tout un char!
Suggestion de lecture :
Une bourse pour « PAYSAGES & SAISONS CHARNIÈRES », 3 juin 2011 par edithjolicoeur
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